Les mains périscopes/Vinzzz . - Source : http://demesuredupossible.joueb.com/, 2005 .

Huit ans. Huit ans ou peut-être neuf. Elle doit avoir mon âge. A peu de choses près. Je l'ai à peine aperçue. Tout à l'heure je la voyais presque clairement mais le moment n'a pas duré. A peine l'avais-je remarquée qu'un flot de voyageurs débarquait dans le wagon.
Ils sont grands. Nombreux. Ils prennent toute la place. Ils ouvrent grand leurs journaux. Ils posent leurs grandes carcasses au milieu du passage. Ils prennent toute la place. Elle doit avoir huit ans. Peut-être neuf. Elle est blonde. Elle était blonde avant qu'ils n'arrivent. Elle souriait. Je crois qu'elle souriait. Elle me souriait. Elle était blonde. Ils prennent toute la place. Ils mesurent au moins deux mètres. Ils sont sérieux. Ce sont des adultes. Ils sont importants. Ils prennent toute la place. Leur journaux prennent toute la place. Là bas je l'aperçois. C'est sans doute elle. Ses cheveux blonds. j'ai cru voir des taches de rousseur. Elle me souriait. Ils sont arrivés. Ils sont arrivés et elle a disparu. Ils sont mille. Ils sont grands. Ils prennent toute la place. Elle était blonde. Elle était là. En face de moi. Elle me souriait ? Ils sont sérieux. Ils sont sombres. Ils prennent toute la place. Ils ne me voient pas. Ils ne savent pas que je l'ai vue. Que je voudrais la voir. La voir. Savoir si elle me sourit encore. Si elle a des taches de rousseur. Ils sont grands. Ils prennent toute la place. Je ne la vois plus. Je ne la vois plus. C'est injuste. Elle était jolie. Elle était blonde. Je crois. Ils sont grands. Ils prennent toute la place. Ils ne nous remarquent pas. Huit ans. Peut-être neuf. Elle doit avoir mon âge. Je voudrais la voir. Mais ils prennent toute la place. Tant pis. Je veux la voir. Alors j'essaie. A tout hasard. Comme ça pour voir. Elle n'est pas loin. De l'autre côté de l'allée. Mais ils sont grands. Ils prennent toute la place. Mais j'essaie. Je tend la main. Le bras tendu. Au dessus d'eux. Au dessus des grands. Ma main. Comme la tête d'une autruche. Une autruche de huit ans, peut être neuf. Une autruche qui cherche, qui regarde. Au delà des grands. Par dessus les grands. Un périscope. Un sous marin. Comme ça, pour voir. Ils sont grands. Ils prennent toute la place. Elle doit avoir huit ans. Ma main. Comme un périscope. Mais ça marche. Je la vois. Ma main. Comme un périscope. Je la vois. Au dessus des grands. Elle ne me voit pas encore mais je souris. Ma main. Comme un périscope. Elle la remarque. Elle sourit, elle a compris. Elle tend la main. Elle tend le bras. La tête d'une autruche. Comme un sous marin. Elle me sourit. Elle me voit. Elle doit avoir neuf ans.
FIN

 

 

Histoires de nuages /Vinzzz . - Source : http://demesuredupossible.joueb.com/news/117.shtml/, 2005 .

Enfant, j'ai toujours posé beaucoup de questions. Il fallait que je comprenne. Apparemment, les adultes savaient. Ils pouvaient ma répondre. Je comptais sur eux pour m'expliquer tout ce qui se produisait autour de moi. Je posais des questions. Je voulais comprendre. Parfois les réponses étaient évidentes, d'autres fois je voyais bien que mes parents étaient embarrassés et qu'ils ne savaient pas quoi dire. Je regardais autour de moi. Tout me semblait curieux, étrange.
Depuis toujours, j'étais fasciné par le ciel. J'y avais observé des phénomènes incroyables. Après la pluie, je voyais parfois se dessiner un arc multicolore. Il s'étendait à l'horizon puis disparaissait sans un bruit. La nuit, une multitude d'étoiles s'allumait et éclairait doucement ma chambre les nuits d'été, quand on laissait les volets ouverts. Toutes ces lueurs m'émerveillaient. J'y voyais des soleils, des lampes magiques, des lucioles fantastiques. Quand je me réveillais, les étoiles avaient disparu. Elles avaient cette curieuse habitude de fuir le jour, de ne se montrer que la nuit. J'y percevais de la timidité, une fragilité qui leur faisait craindre l'éclat trop violent du soleil.
Dans le manège du ciel, je m'intéressais aussi aux nuages. J'aimais leur ballet. J'aimais comme le ciel pouvait s'emplir doucement de coton, comme il devenait un terrain de jeux pour ces colosses moutonneux, ces géants fragiles et délicats.
Je n'avais aucune idée d'où pouvaient venir les nuages. J'avais interrogé mes parents à ce sujet, mais j'avais bien compris qu'ils n'avaient pas de réponse satisfaisante à m'apporter. Je les sentais gênés, confus, perplexes. Apparemment, ils ne le savaient pas. Je décidai donc de me faire une idée par moi-même et je commençai à me plonger dans le ciel, en quête de la clé du mystère.
Un événement se produisit qui me mit sur la voie. Le jour, de mes 6 ans, une fête avait été organisée en mon honneur dans le jardin familial. C'était la première fois qu'il m'était permis d'inviter quelques camarades. C'était ma fête, mon grand jour. Je n'avais qu'une crainte : si le temps était trop mauvais, mes parents prévoyaient d'annuler les réjouissances et de les reporter à une date plus clémente. Ça n'était pas possible. Je le savais, c'était la dernière fois que je pouvais inviter la douce Joanne dont j'étais secrètement amoureux. Quelques jours plus tard, elle partait avec ses parents à l'assaut de la Méditerranée et je n'étais même pas sûr de la retrouver à la rentrée. Il fallait que le temps se prête à mes projets, que le soleil accepte d'être mon allié.
Dès mon réveil, j'inspectai le ciel à la recherche d'éventuels nuages susceptibles de gâcher ma fête et ma vie sentimentale. Apparemment, tout se présentait bien ; le ciel était parfaitement bleu et je n'avais rien à craindre des éléments. Pourtant, quelques minutes plus tard, le drame tant redouté semblait sur le point de se produire. Un nuage tout rond se précipitait à toute allure en direction du soleil, apparemment bien décidé à le faire disparaître. Cette seule idée me glaçait et je sentais déjà mes rêves se volatiliser. Mes parents allaient annuler la fête, je ne verrais pas Joanne et elle partirait dans le Sud sans m'avoir embrassé, tomberait, là-bas, amoureuse d'un autre et ne reviendrait plus jamais dans nos contrées tristes et nuageuses.
Je ne parvenais pourtant pas à me faire à cette idée. Il fallait que je trouve une solution. Je regardai le nuage rond de toutes mes forces et essayant de le convaincre d'annuler ses sombres desseins. Plus je me concentrais et plus j'avais l'impression que ma lutte pouvait servir à quelque chose. Le nuage rond semblait dévier sa course, comme s'il acceptait de changer ses projets pour me satisfaire. Je n'osais pas vraiment y croire, mais après tout, ce n'avait que peu d'importance. L'essentiel était désormais acquis : le nuage rond ne s'attaquerait plus au soleil, il semblait s'être rangé à mes arguments et me faisait le cadeau de sa clémence.
Quand Joanne pénétra dans le jardin, le nuage rond m'avertit immédiatement de sa présence. Il se transforma doucement, prenant la forme d'un cœur. Je ne pus m'empêcher de sourire et je rougis un peu en comprenant que le nuage n'ignorait rien de mes élans. Plus tard, beaucoup plus tard dans l'après-midi, lorsque je me retrouvai seul avec Joanne sous le pommier familial, à l'abri des regards, mon ami nuage me donna la force de m'approcher d'elle et de déposer un baiser sur ses lèvres. Je me sentais fort, soutenu par un allié hors du commun. Si le ciel était à mes côtés, rien de fâcheux ne pouvait m'arriver. Joanne ne savait rien de l'histoire de mon nuage. Je ne sentais pas utile de la lui raconter, de peur qu'elle ne me croie pas ou qu'elle pense que je mentais pour m'attirer ses faveurs. J'étais aux anges : j'avais osé embrasser Joanne et j'avais un ami dans le ciel.

Dans les jours qui suivirent, je passai mes journées, les yeux au ciel à observer, analyser le mouvement des nuages, à essayer de comprendre leur nature, leurs intentions. À force de persévérance, je commençai à avoir des réponses.
Les nuages que l'on voit sont toujours les mêmes. Ils tournent autour de la terre et reviennent toujours là où ils sont passés. On peut les voir évoluer, grandir, changer au fil du temps.
Quand un nuage passe, en se concentrant, on peut lui donner une nouvelle forme. C'est quasiment imperceptible. Il faut être patient, très patient, mais on peut les modeler au gré de ses envies. Souvent les nuages disparaissent avant qu'on ait fini de les sculpter mais ils reviennent toujours, alors on peut reprendre son travail au passage suivant.
Parfois, plusieurs personnes, à différents endroits du monde, façonnent le même nuage, unies par une même volonté. Ce sont les plus beaux nuages, ceux qui naissent du désir de plusieurs.
Depuis que j'ai compris que l'on peut modeler les nuages, je m'entraîne. Ma première réussite a été un lapin. Plus vrai que nature. Très satisfait de mon œuvre, je m'étais amusé à lui faire plier une oreille pour faire signe, pour dire bonjour, pour dire qu'il était prêt. Mon lapin avait plié l'oreille, m'avait regardé puis s'était élancé. Je n'aurais pas imaginé qu'il puisse être aussi rapide. Il s'était allié à une bourrasque et avait disparu d'un bond. Je n'en croyais pas mes yeux. Il était déjà loin. J'étais très fier et même pas triste de voir disparaître mon nouvel ami. Je savais qu'il reviendrait après son tour du monde. Et qu'il aurait plein de choses à me raconter. Il aurait sans doute changé, sous les douces caresses de ceux qui auraient reconnu leur lapin. Je l'imaginais flotter au-dessus des montagnes, traverser les océans, faire courir son ombre sur des plaines ensoleillées. Mon lapin existait. Le nuage s'y était reconnu. J'étais un magicien. J'avais fait sortir un lapin du chapeau. Pour la première fois, j'avais dessiné dans le ciel.
(A suivre)

 

 

Journal d'un stupide sentimental / Zelia - Source : http://zelia.joueb.com/news/35.shtml, 2000 .

Lundi 15 Octobre

Voilà. J'ai décidé d'écrire régulièrement dans ce cahier – payé 2,95 F chez mon épicier – pour mieux comprendre ce que je ressens réellement pour cette fille, et pour pouvoir évaluer les progrès dans mes lamentables tentatives d'approche.

Pour l'instant, je suis dans l'impasse. Comment avouer à quelqu'un que moi, Romain, 25 ans, ai besoin de me confier à un journal intime – vieux cliché pour midinettes – parce que je suis obsédé par ma voisine de palier ? Imaginez-vous la honte que cela serait ? …

Incompréhension. Jusqu'à présent, je n'ai jamais eu BESOIN d'une femme. Comme beaucoup de mecs de ma connaissance, j'ai eu pas mal de filles dans ma courte vie, mais n'ai pas une seule fois expérimenté ce que l'on appelle communément «  L'Amour ».

Un résumé de ma vie sentimentale ?
J'ai perdu ma virginité à un age honorable : 15 ans. Bien sûre, je ne pensais qu'au SEXE. J'ai couché ensuite avec une vingtaine de nanas qui s'attachaient parfois à moi, mais que je larguais au bout d'une nuit, d'une semaine, d'un mois grand maximum, faute d'amour.
Et puis j'ai cru quelquefois tomber amoureux de certaines, qui n'étaient d'ailleurs pas les plus jolies, ni les plus intelligentes, mais qui, ayant senti mon attachement, et peut-être dans une tentative maladroite de l'éprouver, devenaient de vraies chieuses possessives, folles de ménage, ou folle du cul. Avec d'autres, bien sûr. Et, autant le dire tout de suite, je ne peux accepter chez les autres les propres défauts que je n'assume pas tout à fait chez moi.

Voilà pourquoi tout ceci est incompréhensible.

Je suis obsédé par cette fille, Zoé. Son nom est sur la porte, à côté d'un autre nom – bordel ! – Zoé Duval & Marco Renard.
Je crois ne jamais avoir entendu un nom aussi ridicule.
Il est évident que cette fille mérite mieux, et ce n'est pas ici ma jalousie qui parle, seulement mon empathie … Pense-t-elle réellement pouvoir être heureuse en s'appelant un jour Zoé Renard ?

Je ne comprendrais jamais les femmes …
Quoi que celle-ci ne soit qu'une jeune fille. Elle comme lui semblent ne pas avoir plus de vingt ans.

Je sais, elle est probablement un peu jeune pour moi, mais ne serait-elle pas mieux avec un VERITABLE homme plutôt qu'avec cet adolescent attardé dont elle a du s'enticher parce qu'il n'y avait rien de mieux à l'horizon ? …

Elle est fine, douce, avec des yeux couleur de miel, et ses longs cheveux toujours retenus par un foulard. MY GOD ! Voilà que je parle en poète, moi qui ai toujours descendu en flammes le romantisme et la fusion entre deux êtres à mes ex.

Mais elle… ELLE !
Non, je ne veux pas juste la BAISER, je veux sentir dans son cou, voir de la tendresse dans ses yeux, me réveiller à côté de son corps doux et chaud, hmmm …

Voilà que je m'égare. Je crois que je suis un peu fatigué d'écrire. Il est déjà une heure du mat'. Demain, je bosse, bien sûr … et puis les trois whisky-coca que j'ai ingurgités commencent à faire effet. Je me sens mou, flou …
J'essayerai d'écrire encore dans les jours qui viennent, bien que je commence à douter sérieusement de l'intérêt de cette entreprise …

Lundi 22 Octobre

Je l'ai vue ce matin, en nuisette dans sa cuisine en train de préparer du café.

Joli réveil …
ELLE et « lui » habitent deux portes plus loin, celle située juste devant l'ascenseur, et fort judicieusement, leur appartement est légèrement décalé par rapport aux autres : C'est ainsi que je peux apercevoir leur cuisine de mon salon. Et c'est comme cela que je l'ai connue.

Il faut dire que la première fois que je l'ai aperçue, elle était nue, en train de faire la vaisselle. Et forcément, ça crée des liens …

C'était il y a deux semaines à peine. Je savais bien que quelqu'un venait tout juste d'emménager, mais je n'avais encore rencontré personne. Aussi, j'étais plutôt ravi que ce soit une jeune fille aussi charmante, jusqu'au jour où j'ai vu les noms sur la porte.

Ils étaient écrits à la main, d'une écriture ronde et enfantine, sur un petit bout de carton blanc.

Zoé Duval et Marco Renard. Bon sang …
C'est à partir de là qu'elle est devenue cette sorte d'obsession qu'elle représente pour moi, actuellement.

Je me suis mis à mater, moi qui jusqu'alors n'avais rien d'un voyeur.
Et c'est toujours la même fille dans mes rêveries érotiques, à présent. ELLE.
Rien qu'elle. Zoé.

 

Mardi 23 Octobre, 2 heures du mat' ( et des poussières …)

La S….. ! Ainsi, le dicton « toutes des salopes, sauf ma mère » se vérifie …

Pourquoi, mais POURQUOI m'a-t-elle ignorée avec autant de superbe ?
Pour sa défense, certes, je me suis montré on ne peut plus ridicule, mais était-ce une raison pour me réduire à néant, pour briser mon espoir dans l'œuf ?

Notre première vraie rencontre restera donc un des moments les plus humiliants de toute ma vie ; probablement ex-æquo avec cette soirée – lorsque j'avais seize ans – que j'avais passée, la braguette largement ouverte, sans comprendre pourquoi toutes les filles refusaient de danser avec moi et s'esquivaient en gloussant.

Laissez-moi vous expliquer comment j'ai pu en arriver là …

En fait, pour être honnête, tout ceci n'est qu'un imbécile concours de circonstances. J'étais déjà passablement déprimé en sortant du boulot. Il était dix-neuf heures.
En quoi consiste mon job ? Je m'occupe de vendre des encyclopédies aux clients d'un club de livres …
Je dois traîner dans la boutique, repérer les pigeons éventuels, les renseigner, leur poser des questions pour gagner leur confiance, puis les entraîner jusqu'à mon repère : une petite table ronde au fond du magasin.

Là, j'entame mon petit speech vendeur sur mes irremplaçables encyclopédies, qui peut, parfois, durer jusqu'à deux heures sans aucun résultat.
Plus particulièrement en ce moment, d'ailleurs, car – le croirez-vous – je n'ai plus le cœur à convaincre des personnes innocentes à tout prix, et j'abandonne à présent à la moindre hésitation.

Le pire est que nous ne sommes payés qu'en fonction de nos ventes, et qu'il arrive souvent que des personnes annulent après avoir signé pourtant de plein gré.

Dans ce cas-là, on peut m'enlever la somme que j'avais touchée pour cette vente, jusqu'à trois mois plus tard.

C'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé aujourd'hui : deux annulations coup sur coup, conclusion : du fric en moins.

Ajoutez à cela le fait que j'aie très peu de contacts avec mes « collègues » ( forcément, je bosse seul) et des relations très superficielles avec les vendeurs de la boutique où j'exerce, et vous comprendrez que mes journées de travail ne sont pas tellement joyeuses.

Aussi, à peine étais-je rentré chez moi, que le gros coup de blues, le vrai m'est tombé dessus. Symptômes : épaules qui s'affaissent, sensation d'étau qui enserre la poitrine, grosse boule dure et tenace dans la gorge.

Et j'en savais la raison : ici, je ressentais encore plus la solitude.
Non seulement j'avais raté ma vie professionnelle, mais ma vie sociale et sentimentale était également un désastre.
J'avais entendu Zoé rire, en passant devant sa porte. Fermée.
Et moi, ici, j'étais seul, seul avec ma main droite, certes, mais seul.

Si au moins j'avais pu avoir une fille à moi, elle m'aurait écouté gémir mes problèmes, je l'aurais embrassée, nous aurions fait l'amour comme des sauvages et …
Enfin. Voilà ce que je pensais. Aussi j'avais décidé qu'il me fallait rapidement une présence, une oreille attentive, bref, mon meilleur pote.
J'ai donc appelé Vincent, qui – et je l'en remercie – n'a pas posé de question et s'est résolu à passer la soirée chez moi en quelques secondes. Avec une surprise …

Sacré Vincent, qui ne se déplaçait jamais sans son « herbe thérapeutique ».

Je n'avais plus fumé depuis deux ans, donc j'étais à la fois nostalgique et plutôt excité à l'idée de me replonger dans l'état de l'adolescent attardé toujours défoncé, que j'étais auparavant.

A 23 heures, nous en étions donc au troisième, les yeux explosés, scotchés devant l'écran qui diffusait un Best Of débile. La fringale typique venait nous tenailler et je m'était donc décidé à aller faire quelques achats chez l'épicier à quelques mètres de chez moi.
Evidemment, j'étais dans un sale état : j'avais la bouche pâteuse et le verbe lent, le fou rire facile et une démarche mal assurée.

Pourquoi a-t-il fallu que je puisse enfin parler à cette fille, ce soir-là ?
Pourquoi n'ai-je pas pensé à me recoiffer sommairement, où a mettre autre chose que ce vieux bermuda en jean frangé aux genoux ?

( Parce que j'étais défait. Parce que c'est ce bermuda qui m'est tombé sous la main en premier, et pas autre chose …)

J'espérais donc être le seul dans l'épicerie ce soir-là, faire des achats rapides, et qu'on ne m'adresse surtout pas la parole.
C'est lorsque je jaugeais les baguettes qu'elle est entrée. Emmitouflée. Essoufflée. Adorable, évidemment.
J'ai eu un petit coup au cœur et j'ai essayé de me ressaisir.
Je lui ai adressée un sourire du type irrésistible – du moins le pensais-je – alors qu'elle passait devant moi sans me voir.

Je ne saurais vous dire pourquoi, n'empêche que je me suis approchée d'elle, et que je lui ai bloqué le passage, entre les yaourts et les boissons.
-« Bonsoir » lui ai-je dit, d'une voix qui se voulait maîtrisée.
-« Bonsoir … On se connaît ? » a-t-elle répondu d'une voix qui se voulait méprisante.
C'était déjà mal parti. Alors, bon sang, pourquoi ai-je insisté ? c'était si pathétique !
J'ai ressenti soudain le besoin de tout lui débiter, qu'on se connaissait très bien, du moins JE la connaissais, je l'avais entendue rire tout à l'heure – d'ailleurs pourquoi riait-elle ? – et puis je la voyais souvent se promener chez elle de mon salon …

Elle m'écoutait en me regardant comme si j'étais un malade qu'il fallait absolument approuver pour ne pas le rendre encore plus fou, et, à la fin de mon discours, elle eu un geste qui me surpris.

Elle s'est avancée pour renifler mon haleine – je pouvais voir son joli petit nez se plisser – puis elle a détourné sa tête en esquissant une grimace.
J'avais juste bu une bière quelques instants auparavant, mais elle a du croire que j'étais bourré.
Je l'ai vu payer sa bouteille de jus d'orange en faisant une moue dépitée qui s'adressait directement à moi, je suppose, et sortir.

Alors j'ai couru chercher de quoi grignoter et un pack de bières – puisqu'elle me croyait bourré, autant abonder dans son sens – et me suis approché du comptoir avec mes petites affaires sans oser regarder mon épicier dans les yeux.
J'ai mis trois plombes à déplier mon billet de 20 balles, et à me rendre compte que je n'avais pas assez pour régler.
Mon épicier m'a alors lancé un regard compatissant puis m'a dit :
-« Allez, c'est bon, va, d'puis le temps, j'te fais crédit. Tu me dois 56 francs, ok ? »

A présent, je suis dégrisé, dans mon lit, et dans le noir. J'entends Vincent ronfler de la pièce d'à côté. J'ai envie de gerber. Et je suis positivement enchanté de me lever dans 5 petites heures pour aller bosser.

Ah, c'est chouette, la vie …

Jeudi 25 Octobre – 23 heures

Cette fille est un démon.

Depuis qu'elle a compris mon voyeurisme inhérent à l'intérêt que je lui porte, elle en profite pour me jeter sa beauté et sa vie joyeuse ( sans moi ) à la figure. J'ai eu droit au pire : voir la fille que je convoite se faire sauter par un autre mec. Tout ça, de chez moi. Dans mon salon. Ca a commencé il y a quelques heures, alors que, m'ennuyant prodigieusement, je m'étais risqué à tirer les rideaux pour jeter un coup d'œil à la cuisine de ma chère voisine. Bingo ! Elle était là, en culotte et T-shirt, en train de cuisiner, sans doute un gâteau.
Je l'ai observée sous toutes les coutures pendant qu'elle cassait des œufs, les battait en neige …

Je pensais : Bon sang, elle est si mignonne, quand je pense que c'est son Marco qui va goûter ce gâteau si amoureusement préparé … !
Et puis, ça devait arriver, elle m'a vu en train de la mater. Je me suis fait prendre comme un bleu.
Nous sommes restés pétrifiés sans bouger pendant quelques secondes, jusqu'à ce qu'elle me fasse un salut de la main en souriant exagérément, tout en sortant de la pièce.
J'ai songé à faire barricader cette maudite fenêtre, pour ne plus être tenté de la regarder.

Et juste quand j'allais tirer les rideaux, je l'ai revue dans mon champ de vision. Elle était nue. Son Marco aussi. Elle m'a fait un autre geste de la main pendant qu'il l'asseyait sur la table au fond de la pièce. Enfin, que vous dire de plus ? Ils ont baisé, là, devant moi qui les épiais, et qui l'enviait, lui. Je me suis détourné au bout de quelques instants. Je ne tenais pas à avoir l'explosion finale. J'avais ENCORE envie de vomir.
Alors, quelqu'un aurait-il une idée sur la meilleure chose à faire à présent ?

Me faire discret, me faire oublier, l'OUBLIER ? Ou guetter les absences de son Marco et aller la voir, m'excuser, tout lui expliquer en espérant … quoi ? qu'elle me trouve attendrissant et qu'elle m'épouse ?

Voyons, Romain, tu n'as plus toute ta tête …

Pourquoi suis-je devant elle, et à cause d'elle, l'adolescent de 15 ans que j'étais il y a des lustres, celui qui ne se levait pas une seule nana ?

Comment ai-je pu régresser à ce point ? !

Ensuite, j'ai essayé de me masturber pour me détendre et m'endormir plus facilement, en pensant à elle, en m'imaginant à la place de Marco, mais je n'ai même plus de contrôle sur CA !
Tout fout le camp …

Samedi 27 Octobre

Elle. Je n'ai vu qu'elle toute la journée. Elle : ses yeux, sa bouche, ses seins, son odeur. Pour tromper l'ennemi -–mon cerveau – j'ai mis un jeu de stratégie sur ma vieille mais fidèle Playstation. Elle était quand même là, elle s'immisçait entre les noms des villes que je créais, elle apparaissait alors que je faisais la guerre à d'autres pays. Cette nana est partout en moi.

C'est là que j'ai compris, qu'une certitude m'a gagné : il me fallait la voir, lui parler, pour faire passer cette obsession.

Soit je me rendais compte que cette fille ne valait pas le coup, soit je me prenais un monstrueux – mais nécessaire – râteau.
Dans les deux cas, ce ne pourrait cependant être pire que ce que je vivais pour l'instant.

Je me suis approché de la fenêtre, je l'ai vue, elle, deux secondes avant qu'elle n'éteigne la lumière et qu'elle ne sorte de la cuisine. Elle m'a adressé un petit signe de la main.

Alors, cette fois-ci, je tente le coup.

Je n'ai plus rien à perdre, et j'ai Zoé à gagner.

Dimanche 28 Octobre.

Ooooh … Par quoi commencer ?

Par le début ? Certes …

Alors, voilà. J'ai frappé à sa porte. J'ai attendu qu'elle m'ouvre. Elle était dans un jean taille basse avec un court T-Shirt qui laissait voir son mignon petit nombril.
Ensuite, tout m'a semblé étrange et trop beau pour être vrai.
Elle m'a caressé la joue, m'a dit qu'elle savait que j'allais venir la voir, qu'elle m'attendait.
J'ai osé un : « Mais … votre, euh, ton petit copain ? ! »
Elle m'a fixé de ses yeux gris verts noisette indéfinissables, et, avec un petit sourire mystérieux, elle m'a répondu : « Ca ne le dérange pas vraiment… »
J'ai un peu tiqué. Mais je n'avais pas vraiment envie de réfléchir à ce que ça impliquait – est ce que ça voulait dire que je n'étais pas le premier avec qui elle « trompait » son Marco ?

Elle s'offrait à moi. Alors, je l'ai suivie dans sa chambre que j'ai trouvée à son image : claire, originale, lumineuse.
Une des premières choses que l'on ne peut remarquer, c'est le miroir immense qui se trouve à la tête du lit.
Elle s'est allongée sur sa housse de couette blanche, a enlevé son T-Shirt. Est-ce la peine de préciser que j'étais déjà passablement excité ?
Elle m'a attiré près d'elle, m'a murmuré qu'elle aimait se sentir observée. Qu'elle avait voulu tester ma motivation, ma résistance.
Je n'ai rien répondu. Je la voulais plus que tout. Et je l'ai EUE ! !

J'ai touché, senti, mordillé chaque endroit de son corps. Nous avons fait l'amour devant cette gigantesque glace, et j'ai entendu son cri d'orgasme. A ce moment-là, elle était à moi, rien qu'à moi.
C'était la première fois que je ressentais un tel plaisir, une telle symbiose, comme si ses courbes, son corps, sa peau, son être tout entier avait été créé pour moi.
J'en suis sorti vidé, courbaturé, satisfait et exténué. C'est sans doute pour cela que je me suis assoupi.

Quand je me suis réveillé, j'étais seul dans l'appartement. Elle avait laissé un mot sur la porte de la chambre. Un mot qui disait :

« J'avais un rendez-vous. Rentre chez toi, et ferme bien la porte. Je te ferai signe demain. Zoé ! »
Voilà où j'en suis.
J'attends bien sagement le signe qu'elle daignera me faire.

J'ai passé la nuit à tenter de repousser les questions qui affluaient – Qu'est-ce que ce moment passé ensemble signifiait pour elle – Est-ce qu'elle comptait quitter son Marco pour moi – Est-ce que j'étais juste un « Extra » dans sa vie, un coup vite fait bien fait – Etait-elle la femme de ma vie – Bref, ce genre de questions débiles qui me faisaient regretter d'être devenu sentimental.
Et maintenant, je continue d'attendre la suite des évènements.
J'arrive à me souvenir de sa peau sur ma peau, et ça fait patienter …

Plus tard …

Je ne sais pas … quoi écrire.
Qu'est-ce qu'on peut bien raconter quand le monde s'écroule sur votre gueule ?
J'en connais qui se sont bien foutus de moi. Je vais sans doute devoir déménager.

Voici, textuellement et parfaitement retranscrit, le mot que j'ai retrouvé sous ma porte en revenant du seul tabac du coin ouvert le dimanche – j'angoissais trop, bordel ! et je n'avais plus une seule cigarette –

Il était scotché sur une cassette vidéo :

« Gentil petit Romain,
J'ai eu beaucoup de plaisir avec toi hier soir. Ca a pas mal excité mon mec aussi. Allons, je suis sûre que tu te doutais que ce miroir n'est pas "« juste » un miroir, non ?
Ne crains donc pas Marco, c'est même lui qui est à l'origine de cette idée !
J'avoue que je ne l'ai pas regretté. Etant donné que l'on a beaucoup apprécié ta performance, tu es le bienvenu chez nous, quand ça te tente. Voici un petit souvenir.
C'est cadeau.

    Zoé. »

Ai-je besoin de préciser qui s'agite(nt) sur cette cassette ?
J'espère au moins qu'ils ne vont pas chercher à la commercialiser …

FIN

 

La belle au bois dormant contre le système/Manzin. - Source : http://manzin.joueb.com/news/35.shtml, 2005

Il était une fois, dans la plus haute tour d'un vieux château, une femme si belle que même les oiseaux essayait d'avoir son numéro de portable. Elle était jeune comme la fraîcheur d'un matin de printemps. Ses cheveux blonds éblouissaient le paysage des rayons du soleil. Elle recevait d'ailleurs régulièrement des fax de pétitions du voisinage qui se plaignait des nuisances visuelles.

Mis à part ses régulières convocations au tribunal donc, tout allait bien pour elle. Enfin presque tout, car sa belle mère, la méchante et siliconée nouvelle femme de son père, le roi du pays, était l'archétype même de la mégère. Toujours planquée derrière la porte à espionner les faits et gestes du palais.

Elle était ouvertement jalouse de sa belle fille car elle n'avait pas besoin de passer des heures devant un miroir insultant pour être belle. Chaque opportunité pour lui pourrir la vie était saisie au vol.

Belle n'aspirait qu'au bonheur du monde, elle rêvait la plus part du temps à de longues promenades sur la plage de Deauville, ou de Franconville à défaut de mieux, avec un beau Prince Charmant à l'haleine toujours fraîche, au sourire charmeur et à la croupe accessible. Ah certes, elle ne manquait pas de prétendants qui venait lui rendre visite, mais il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas. Trop petit, trop grand, trop moche, trop de cheveux, pas assez de cheveux, trop de poils, trop de boutons, trop habillé, trop nu, trop con, trop pauvre, pu des pieds, pu du bec, trop informaticien, trop de ressemblance avec un crapaud…

« Un crapaud ?! Mais enfin Mademoiselle vous n'y êtes pas du tout, s'étonna avec distinction la servante de chambre, il s'agit du Prince Gédéon V tout de même. »

- Peut-être, bouda Belle, mais il n'empêche que de là où je suis on dirait vraiment un crapaud !

- Je le trouve très séduisant moi, il a un petit coté…

- Verdâtre ? coupa Belle.

- … prestigieux, continua la servante en faisant mine de n'avoir rien entendu, et puis c'est sans parler de..

- Ses origines batraciennes?

- Son rang, il est tout de même prince.

- Mais enfin c'est un crapaud à qui vous avez mal collé une couronne ! Je vois même le scotch d'ici.

Cela n'avait rien d'une plaisanterie douteuse, un vieux roi d'un royaume lointain avait, par mégarde, léguer toute sa fortune et toutes ses terres non pas à son unique et très méchant fils, mais à son crapaud domestique. Une bête erreur d'inattention évidement qui était passé, on ne sait trop comment, au travers des quinze relectures du testament, de la ratification en trois exemplaires devant notaire, et du vote à l'unanimité des conseillés de Feu sa majesté. C'est fou comme on peut être étourdi parfois.

Bref, les jours passaient pour Belle au plus haut de sa tour. Un soir, alors qu'elle discutait sur msn tout en consultant ses messages sur un site de rencontres pour personnes adultes et très riches, elle eu une vision. Une femme semblait flotter dans les airs juste au dessus de son balcon.

« Wow l'hallu putain ! S'étonna-t-elle, j'ai pourtant rien pris ce soir.
Belle… murmura l'apparition
- Houla, ça devient sérieux, j'entends des voix. Je veux pas finir sur le bûché moi. Ou alors on m'a droguée à mon insu, ouais voila, comme Virinque !

- Belle, bordel c'est moi ! Dit l'apparition tout en entrant dans la pièce.

- Ah ! Marraine, ben fallait le dire. Et moi qui psychotais comme une malade. Ça va pas de me foutre les boules comme ça ? J'étais à deux doigts d'appeler l'exorciste.

- Désolée, j'ai du mal à contrôler mon taux de transparence en ce moment. Expliqua la bonne fée marraine. Bon je viens te voir parce qu'il y a un problème.

- C'est en rapport avec un beau Prince Charmant ?

- Euh… non.

- Ah, alors c'est encore une convocation au tribunal ?

- Non plus, non. Ecoute Belle cette fois c'est sérieux !

- Attends, je sais, on a besoin de moi pour faire un duo au prime de la Star Ac ' ?

Il y eu un silence de réflexion. La bonne fée semblait peser les mots de la question, puis après un débat interne elle dit :

- Euh… non je ne pense pas. Quoi que soit la staraque du reste…

- Bon ben quoi alors ?! S'écria Belle avec le ton de tous les enfants un peu trop gâtés à qui l'ont vient de donner un coup de pied dans le château de sable sur la plage de l'espoir.

- C'est ta belle mère…

- Ben tiens… soupira Belle en roulant des yeux.

¤

« Et si je met ce chapeau ? demanda Belle-mère irritée.

- Hmmm nop, c'est toujours Belle la plus belle. Répondit le miroir d'une voix neutre.
Dans sa chambre, Belle-mère essayait depuis plusieurs heures et comme tous les matins d'être la plus belle femme du château. Une tâche qui lui coûtait cher en verrerie magique et qui entretenait tranquillement son ulcère.

- Fait gaffe à ce que tu dis si tu veux pas finir en vitrail comme tes prédécesseurs. Menaça Belle-mère.

- Je ne suis pas conçu pour avoir peur, mais pour dire la vérité Madame.

- Bon, et si je mets ce rouge à lèvres, plus le chapeau et les boucles d'oreilles en diamant ?

- Nop, rien à faire c'est toujours…

- Ça va, ça va on va finir par le savoir, coupa Belle-mère, et si je mets ce boa, plus du fard à paupières ?

- Mais vous savez, la beauté c'est très subjectif, répondit rapidement le miroir, et puis qui je suis moi pour donner des conseils de beautés ? Rien qu'un petit miroir magique conçu par un vieux mage grincheux n'y connaissant sûrement rien aux mystères de la beauté.

- Laisse-moi deviner, tu va me faire le couplet de la beauté intérieur ? fit Belle-mère à travers ses dents serrées tout en tapant du doigts nerveusement sur la commode.

- Euuuh… oui. Mais vous savez tout ça ce n'est pas si important en fin de compte. Dites, vous pourriez me raccrocher au mur je supporte mal les transports, demanda le miroir tandis que Belle-mère se rapprochait de la fenêtre en le tenant à bout de bras.

- Bon, je vais te poser une dernière question miroir magique, et je te conseil de bien répondre si tu veux pas qu'on vérifie ensemble les lois de la gravité. Qui est la plus belle dans ce château ?

Si le miroir avait eu des yeux il aurait sûrement regardé vers le bas en déglutissant, s'il avait eu de quoi déglutir bien sûr. C'est, disons, ce que métaphoriquement il fit avant de répondre :

- « Joker ?»

¤

Eric le jardinier n'était pas un franchement une personne à problèmes. Il faisait son boulot tranquillement, sans demander rien à personne. De plus le château lui fournissait un travail conséquent. Ce qu'il aimait le moins c'était nettoyer les douves car deux fois sur trois les crocodiles digéraient mal les colporteurs et les vendeurs d'aspirateurs. Il devait régulièrement ramasser des restes de corps couverts de prospectus. Il n'avait donc aucune raison de s'attendre à ce qu'un miroir de cinquante kilos s'abatte à deux mètres de lui tandis qu'il ramassait un morceau de tibia. Sa côte de maille lui sauva la vie, mais il jurerait plus tard avoir entendu quelque chose dire « Et merde… » juste avant que le miroir ne s'écrase.

¤

Belle-mère claqua des doigts. Un laquais entra dans la salle, se mit au garde à vous, puis fixa l'horizon.

« Madame ? Dit-il.

- Il me faut un nouveau miroir, et demandez cette fois qu'il soit un peu moins sincère. Ça commence à me coûter cher.

- Oui, Madame.

- Et dites à notre fournisseur que s'il m'envoi encore un de ses miroirs insolents je lui rachète ses actions en bourses et je fais un plan social illico.

- Bien, Madame. Le petit-déjeuner est servi Madame, le Roi y est déjà.

Belle-mère était ce genre de personnes qui s'habillent en tenu de soirée même pour prendre le petit-déjeuner. Elle se changeait quasiment toutes les heures, et chaque occasion était bonne pour mettre en avant ce que la nature lui avait donné, repris, puis avaient été vaguement restauré par la chirurgie esthétique. Belle-mère était grande et maigre. On aurait dit un sac d'os dans une robe Dior. On voyait presque, à travers sa peau, les numéros de série de ses prothèses mammaires, quant à son visage on l'aurait dit emballer sous du papier cellophane. Sous bien des aspects, elle faisait peur sans le faire exprès.

¤

Mon cher journal,

Hier soir, alors que j'étais sur msn, ma bonne fée marraine est venue me parler. Il parait que ma belle-mère a encore prévu un plan diabolique de l'enfer. Je me souviens quand elle avait voulu droguer tout le château avec une de ses potions, mais les ingrédients étaient périmé et du coup tout le monde passait son temps aux toilettes. Le pire c'était l'odeur dans les couloirs. Et le pauvre Eric qui avait du nettoyer la fausse, rien que de lui en reparler il devient vert.

Marraine m'a dit qu'elle a prévu d'envahir le pays voisin. C'est un problème car si on la laisse faire on risque de déclencher une guerre, ou un truc franchement pas cool. Je dois convaincre mon père que belle-mère est folle et qu'il doit absolument lui interdire de jouer avec nos armées.

Sinon, hier j'ai vu à la télé un chien qui avait deux têtes. Je me demande si on peut faire pareil avec un Prince Charmant. Il faudra que je demande à Merlin, il sent pas bon mais il sait plein de choses.

Bon, je vais prendre mon petit-déjeuner, je te laisse mon journal.

A bientôt

Belle.

Fin de la première partie. Que va t il se passer? Que va faire Belle? Et Belle-mère? Et le roi dans tout ça? Merlin peut-il vraiment greffer une tête suplémentaire à un Prince Charmant? Tout ça, tu le saura dans le prochain épisode de: Belle contre le système !

( à suivre )

 

La belle au bois dormant contre le système : 2ème partie/Manzin. - Source : http://manzin.joueb.com/news/37.shtml, 2005

 

Lorsque Belle descendit à la salle à manger (deux cents mètres carré, boiseries, dorures, piliers en marbres, meubles en tec, tapisseries et tableaux de maîtres. Sobre. Classique.), elle trouva Belle-mère et son père déjà à table. Comme le veut la tradition, ils étaient assis face-à-face à une table d'une dizaine de mètres de long et ne se parlaient pas. Le roi lisait un journal en laissant tremper sa cravate dans son café. Belle-mère buvait un cocktail verdâtre dont la moitié des ingrédients couraient encore dans l'herbe une heure plus tôt. Elle lança un regard noir à Belle lorsqu'elle s'assit à table, puis elle se concentra sur la bouillasse violacée qui lui faisait office de céréales.

« Alors Belle-maman, fit Belle au bout d'un moment, en forme ? » Elle n'eu pas de réponse. Au bout de quelques secondes, elle dit

« Et sinon, dès projets pour la journée ? » Toujours pas de réaction, Belle-mère se contentait de faire des va et viens avec sa cuillère entre sa bouche et son bol. Belle chercha ses mots, puis aussi fièrement que le permettait son stoïcisme elle dit :

« Il fait un temps parfait pour envahir un pays ! » Belle-mère stoppa net tout mouvement et se figea la bouche entrouverte, la cuillère à mi-chemin du bol. « Touchée ! » pensa Belle. « Enfin, si j'étais un général d'une armée, continua-t-elle, c'est par un temps pareil que je ferais mon attaque, vous ne croyez pas Belle-maman?

- Euh, oui je suppose… répondit-elle avec les yeux écarquillés. Elle fixa Belle qui mangeait tranquillement, puis tourna la tête vers le roi qui semblait n'avoir rien entendu. « Mais, pourquoi dis tu une chose pareille ? Finit-elle par dire avec embarras.

- Oh bah vous savez, moi la guerre tout ça j'y connais rien, mais j'ai entendu des rumeurs comme quoi, quelqu'un aurait prévu un genre de plan pour prendre le pays voisin. Ça m'étonnerais qu'une personne puisse avoir d'aussi cruelles intentions, surtout dans notre beau palais où tout le monde est si gentil, en particulier vous Belle-maman.

- Oui…évidemment…Répondit-elle un peu trop lentement. Mais dis moi d'où tiens tu cette rumeur ?

- Je sais plus, des bruits de couloirs vous savez ce que c'est. Je suis rassurée maintenant que je sais que vous ferez tout, vous et papa, pour empêcher ça. Pas vrai papa ? Papa ? Paaa paaa ?!

-Hmmm ? Moui ? Répondit le roi sans lever la tête.

- Hein que tu es d'accords qu'il faut pas laisser des gens envahir nos voisins ?

- Oui-oui…

Le sourire de Belle était si grand qu'il lui reliait presque les deux oreilles. Belle-mère semblait réfléchir à la situation, comme quand un joueur d'échec observe son adversaire pour savoir s'il a découvert sa stratégie ou s'il bluff.

Le reste du repas se déroula en silence. Au bout d'un moment Belle sorti de table. Puis ce fut le tour du roi de se lever, pour aller changer sa cravate. Belle-mère resta seule quelques minutes en se repassant la conversation en esprit. Puis elle tapa du poing sur la table et dit « Sale petite garce ! »

¤

Dans un couloir du château Belle attendait. Elle n'avait pas eu les révélations qu'elle attendait comme dans les films de James Bond où le méchant déballe son plan secret à qui veut l'entendre. Evidement, elle savait déjà que Belle-mère montait un coup mais elle ne savait ni quand ni comment. Elle attendait donc, cachée derrière un pilier, que sa marâtre sorte de sa chambre pour aller à sa séance de soins quotidiens. Ce fut l'affaire de quelques minutes.

Une fois le champ libre, elle s'introduisit dans la pièce. Cette dernière était inhospitalière pour quiconque ne vouait pas une passion débordante pour les bocaux remplis de liquides visqueux, et les expériences chimiques en tout genre.

Sur un bureau dans un coin trônait l'ordinateur de Belle-mère. Belle s'assit sur le fauteuil et l'alluma.

« Mince, un mot de passe. Fit-elle. Bon réfléchi Belle, réfléchi. Qu'est ce qu'une vieille femme aigrie et avide de pouvoir pourrait mettre comme mot de passe. Ok essayons « génocide ». Zut, c'est pas ça. Bon, « pouvoir » peut être. Non plus… »

Après de nombreux essais comprenant des mots comme « chirurgie plastique », « narcissisme », ou « moi », Belle se renversa dans le fauteuil en poussant un soupir. Elle parcouru la chambre des yeux en quête d'indices. Chaque bocal avait son nom latin d'au moins quinze lettres, elle n'allait certainement pas s'amuser à les essayer tous. Son regard fut captivé par un bout de papier jaune qui traînait, à moitié recouvert de papiers divers, sur le bureau. Elle sortit le Post-It©, il disait en grosse lettres :

Mot de passe pour l'ordinateur : motdepasse

PENSER À LE CHANGER !

¤

« Vous êtes toute tendue, fit le masseur tant dit qu'il essayait de trouver un muscle parmi les os de Belle-mère, vous prenez votre travail trop à cœur.

- Si vous saviez, répondit-elle en soupirant, je travail avec des incapables. Toute la journée je dois vérifier que mes ordres sont respectés…

- Ah oui je comprend, commenta distraitement le masseur

- …écouter les plaintes des paysans qui demandent qu'on leur donne de l'argent, se faire insulter par des miroirs…

- Ah ben vous m'en direz tant.

- … mettre au point des plans géniaux et se faire avoir parce qu'on soustraite pour payer moins cher…

- Ah oui ?

- … et encore je vous passe les détails. Non, vraiment c'est un métier fatiguant et j'ai la peau terne quand je fatigue.

- Moi c'est pareil.

¤

Belle farfouillait depuis plusieurs minutes dans l'ordinateur. Elle avait déjà fait de nombreuses découvertes comme les dix meilleurs façons de torturer un homme, la recette d'une crème de nuit anti-vieillesse pas encore brevetée, des plans machiavéliques inachevés pour conquérir l'univers et annihiler la vie dans son ensemble, et des photos de chatons dans un panier.

Puis elle fini par ouvrir l'agenda de Belle-mère. Trente secondes plus tard l'ordinateur était éteint et Belle courait dans le couloir non sans avoir ponctué sa découverte par un « Oh putain ! » de circonstance.

A la page du jour, Belle-mère avait écrit :

Choses à faire :

- Être plus belle que Belle.

- Changer de miroir

- Commencer mon plan pour l'invasion des voisins.

¤

Après la séance de massage, Belle-mère prenait chaque jour un bain de boue. On lui avait venté les mérites des oligo-éléments sur la peau alors elle avait fait convertir une aile du château en centre de beauté. Ses ancêtres utilisaient des potions à bases de sang de lézards, pattes de mouches et autre bave de crapauds. Mais elle était de la nouvelle école, aussi faisait-elle confiance à la médecine moderne. N'importe comment elle n'avait jamais eu le coup de main pour les potions magiques, et elle détestait les chaudrons.

Elle sortait tout juste de son bain et elle n'avait pas encore attrapé son peignoir lorsque Belle débarqua en trombe dans la pièce.

« Belle-mère je AAAAAAAH !! Cria t elle en détournant les yeux.

- J'espère que t'as une bonne excuse… fulmina Belle-mère en se dépêchant d'enfiler une serviette.

Belle prit sur elle, inspira un bon coup et dit : « Je sais tout ! Votre plan pour les voisins, la conquête du monde, l'annihilation de l'univers et tout ces trucs pas cool que vous mijotez dans votre coin ! Je ne vous laisserais pas faire : rendez-vous ou je dis tout au roi ! »

- Petite insolente, tu ne crois tout de même pas que tu me fais peur ! Tu n'as aucune preuve de ce que tu avances, et le roi c'est moi qui lui dis quoi faire.

- Vous non plus, vous ne me faites pas peur ! Enfin, si mais bon ça c'est comme tout le monde… Non je veux dire, mis à part votre « physique » vous ne me faites pas peur !

- TU VAS VOIR ! Hurla Belle-mère tandis qu'elle sonnait l'alarme.

Deux gardes qui étaient en faction devant la porte arrivèrent en courant. Lorsqu'ils entrèrent ils se mirent au garde-à-vous en prenant bien soin de ne pas regarder dans la direction de Belle-mère.

L'un d'eux dit : A vos ordres !

- Gardes, arrêtez la ! fit Belle-mère.

La région n'était pas réputée pour sa violence, aussi les gardes du palais ne recevaient qu'une vague formation sur les arrestations et le maniement des armes. Le gros de leur apprentissage se résumait à comment s'occuper l'esprit quand on ne bouge pas pendant huit heures en gardant une porte. Aussi, n'avaient ils jamais entendu parler d'une réaction typiquement humaine en cas de problème, la fuite à toutes jambes.

Belle bouscula les gardes, se rua dans le couloir, et disparu.

« Mais qu'est ce que vous attendez, cria Belle-mère, sonnez l'alarme ! Elle ne doit pas s'échapper !! »

( à suivre )

 

La belle au bois dormant contre le système : 3ème partie/Manzin. - Source : http://manzin.joueb.com/news/40.shtml, 2005

Belle était très contrariée. Non pas parce que dans deux minutes la moitié des gardes du palais allait lui courir après mais plutôt parce qu'elle n'avait jamais été élevé pour faire face à ce genre de situations. Elle savait utiliser la bonne fourchette pour le bon plat, dire « Je suis enchantée de vous connaître » dans une trentaines de langues, elle pouvait tenir une conversation mondaine avec n'importe quel roi, et elle connaissait des tas de danses compatibles avec une robe qui touche le sol et recouvre le tiers de la piste. Durant les dernières années de son existence elle avait détesté toutes ces coutumes tellement démodées, mais elle devait reconnaître qu'a cet instant elle aurait donné n'importe quoi pour être dans un dîné mondain. Elle savait qu'elle y serait mal à l'aise, qu'elle aurait envie de s'enfuir, qu'elle s'y ennuierait terriblement et cette perspective l'enchantait follement. En fait elle aurait tout fait pour se retrouver dans une situation bien concrète, où le bon sens commun est roi, plutôt que dans un couloir à courir comme une folle pour sauver sa peau.

Bon , pensa t elle, je fais quoi maintenant ? Réfléchis Belle, en temps normal qu'est ce que tu ferais ? Ok en temps normal j'appellerais un serviteur et je lui gueulerais dessus jusqu'à ce que mon problème soit réglé. Alors que ferait une personne qui n'aurait pas mon statut. Je suppose qu'elle appellerait la police pour dénoncer le complot mais il y a pas de police chez nous et de plus c'est Belle-mère qui dirige la garde. Crier dans tous les sens ? Céder à la panique ? C'est tentant mais je crois que ça ne résout rien.

« Bonjour m'zelle 

- Oh, bonjour Eric, fit Belle tout en continuant son chemin. Puis elle fit brusquement demi tour. Eric !! Euh… vous n'avez pas entendu l'alerte dans les hauts parleurs tout ça tout ça ?

- Non, m'zelle, j'étais dans ma chambre j'enlevais les morceaux de verres de ma côte de maille.

- Ah… alors je suppose que vous n'êtes pas au courant. Dites moi, Eric, vous vous y connaissez pour déjouer des complots ?

- Ben moi je connais surtout le jardinage, sauf vôtre respect, et puis je nettoie les douves évidement. D'ailleurs vous auriez pas idée de tout ce qu'on retrouve la dedans.

Eric continua son monologue. Il parlait d'un ton plat et mou, quand on discutait avec lui on se prenait souvent à ne pas du tout écouter ce qu'il disait. Belle avait les yeux dans le vague, elle semblait être en train de penser à quelque chose. Puis elle revint à elle et prit une décision.

«… puis je fais le compost aussi, et c'est un gros boulot vu que le jardin est grand, alors ce que je fais des fois pour gagner du … 

- Eric, coupa Belle, je vous nomme officiellement, et à titre temporaire, chef de ma garde personnel. Votre mission est de veiller à ce que je reste en vie. D'accord ?

- Ben oui d'accord, m'zelle, mais pourquoi moi ?

- Parce que quelqu'un qui nettoie régulièrement des douves infestées de crocodiles et qui peut encore compter jusqu'à dix avec ses doigts a forcément un don pour survivre !

¤

Merlin était autrefois l'alchimiste du château. Il était plutôt doué tant qu'il ne s'agissait pas de changer le plomb en or. Pour le reste il se débrouillait très bien même. En fait, il avait été licencié pour faute grave due à un excès de zèle. En bon excentrique qui se respecte, Merlin estimait normal que chaque être vivant ait le droit de s'exprimer. Aussi avait-il passé plus de la moitié de sa vie à tenter de greffer des cordes vocales sur des animaux. C'est ainsi que les cinq cents invités du roi avaient découvert, un soir de réveillon, que les recherches de Merlin avaient enfin aboutis lorsque les deux milles huîtres prévues pour le repas avaient toutes ensemble hurlées à l'aide. Il s'en était suivi un long débat avec les plaignantes qui gagnèrent le droit d'être rejetées en mer, et le repas fut déclaré végétarien.

Après cet incident, Merlin ne fut pas vraiment licencié puisqu'il n'avait jamais été payé, mais il avait retrouvé un jour toutes ses affaires dans une jolie maison au fin fond des bois.

Pour l'heure actuelle Merlin dormait sur son fauteuil à bascule, la bouche entrouverte laissant apercevoir un petit filet de bave prometteur.

Belle venait d'arriver devant la maison accompagnée par Eric. Voyant que vraisemblablement aucun tapis rouge ne serait déroulé, et qu'aucun laquais ne viendrait l'escorter elle pris les devant et entra avec fracas.

« Merl iiiiiin  ! Hurla-t-elle, Merlin vous êtes là ?! 

- Quoi ! C'est pas moi ! J'ai rien fait ! Fit Merlin en sursautant. Il pris le temps de faire le point sur les nouveaux arrivants, puis il se ressaisit. Oh c'est vous princesse, que me vaut l'honneur de vôtre visite ?

- Ecoutez, il faut que vous nous aidiez. Belle-maman prépare un mauvais coup et d'après ma Marraine, vous êtes le seul à pouvoir l'en empêcher.

- Hmmmm, bien. De quoi s'agit-il précisément ?

- Je crois qu'elle a prévu d'envahir le pays, elle doit vouloir prendre le contrôle de notre armée.

- Pas possible… répondit Merlin distraitement.

- Moi aussi j'ai eu du mal a y croire au début, mais c'est bien vrai et il ne…

- Non, coupa Merlin, vous avez mal compris. C'est impossible qu'elle prenne le contrôle de l'armée, nous n'en avons jamais eu. Voyez-vous vôtre père n'a pas vraiment le coup pour diriger une armée. Oh, il a bien essayé, une fois ou deux, de payer des paysans pour se tenir droit et marcher au pas, mais ça ne collait pas car au bout d'un moment ils devenaient dépressifs à force de ne rien faire.

- Ben alors, comment elle va s'y prendre ?

- Connaissant votre belle-mère, elle doit avoir un plan tordu. Avez-vous remarquez un agissement suspect ces derniers temps ?

- De Belle-maman ? Mais elle est suspecte même quand elle se sert du sucre !

Belle se figea brutalement. Elle semblait avoir soudainement pris conscience d'un petit détail que son cerveau essayait désespérément de soulever.

« Maintenant qu'on en parle, fit elle alors qu'elle avait toujours les yeux dans le vague, j'ai remarqué que depuis quelques temps les serviteurs sont comme, absent. Ils sont là, mais quand ils parlent, ou marchent c'est comme si ce n'était plus vraiment eux. Et puis ils ont tous cet espèce de pin's accroché à leur vêtement.

- Oh, fit Merlin, je crois savoir. Attendez j'ai ça quelque part.

Merlin se dirigea vers sa bibliothèque d'où il sorti un livre qui s'appelait « Mille méthodes simples, efficaces et peu coûteuses pour envahir un pays frontalier pour les nuls ». Il farfouilla dans l'index, puis trouva. Il posa le livre sur la table et dit « Voilà comment elle s'y prend !! ».

¤

Le pays voisin tant convoité par Belle-mère était autrefois une royauté. Tout comme chez Belle il y avait un château avec de hautes tours, un roi, une reine et tout l'attirail qui va avec. Le roi ne croyait pas en la monarchie, il était un fervent défenseur du droit de vote et de la démocratie. Mais il avait hérité du trône et ce n'est pas le genre de chose dont on peut se séparer aisément. Aussi avait-il commencé par essayer de semer un vent de révolte au sein de ses sujets en faisant circuler de fausses rumeurs, sans succès. Il avait alors organisé des réunions secrètes anonymes et masquées pour conspirer contre le système, sans grand succès non plus. Le problème ne venait pas du peuple mais de lui. Il était de ses rois sympathiques et pas méchants, son père n'avait pas été un tyran non plus. En fait dans la famille ils étaient tous gentils, alors le peuple ne voyait pas tellement pourquoi changer. Et puis les habitudes ont la vie dure.

Mais le roi avait sa vision moderne des choses et il comptait bien insuffler du changement que les sujets soient d'accords ou pas. Il décréta un jour que le royaume n'en était plus un, qu'il s'agissait d'une démocratie et qu'il y aurait des élections. « Tout le monde pourra se présenter, et tout le monde pourra voter, même les femmes et les enfants » avait-il déclaré. Le roi se présenta, et il eu bien du mal à trouver un adversaire. On paya alors discrètement quelqu'un pour se présenter contre lui, et le jour du scrutin le roi gagna haut la main avec plus de quatre-vingt dix-neuf pourcents des voix.

Il avait été le seul à ne pas avoir voté pour lui. Depuis ce temps la vie dans le royaume pays n'avait pas beaucoup changé. Le roi était devenu président, et tous les dix ans il récoltait la totalité des voix moins un au suffrage. Il savait que ce n'était pas exactement ce qu'il avait voulu, mais il se sentait moins coupable.

Le président avait un fils, pas très malin mais serviable, qui, à son grand désespoir, avait tenu à suivre des cours pour devenir prince charmant. Il n'avait pas tout à fait le physique mais tout le monde sait que ce n'est pas le plus important. Paul-John avait donc été envoyé dans la meilleure école de prince charmant du pays. Il y avait suivit des cours pendant quelques années et ses professeurs étaient tous unanimes : Il ferait un prince charmant de premier ordre. De mémoire on n'avait d'ailleurs jamais vu les professeurs aussi unanimes. Quoi que fasse Paul-John ses professeurs le félicitaient. S'il tombait de cheval (ce qui lui arrivait systématiquement) c'était toujours la faute de la monture, s'il faisait un hors sujet pendant un contrôle on modifiait l'énoncé, s'il se trompait sur une question de géographie et bien, on modifiait les cartes. Quand le président n'était pas là, et que les murs avaient des boules quiès on se laissait dire que de mémoire d'enseignant on n'avait jamais vu un être humain plus incompatible avec la profession de prince charmant.

Pour l'heure le président et son fils étaient en pleine discussion dans l'ancienne salle du trône.

« Mon fils, fit le président, je pense qu'il s'agit la d'un cadeau. Nous avons toujours nourri de bonnes relations avec nos voisins alors je ne vois pas où est le mal à ce qu'ils nous fassent de temps à autres des cadeaux non ?

- Oui P'pa, mais qu'est ce que c'est ?

- Et bien, vois tu mon fils, ce sont des…hmmm des décorations vestimentaires ? Et le roi a du estimer que ce sont des bijoux suffisamment nobles pour que nous les portions.

- Moi je trouve ça moche… Et en plus, ça parle quand on appuis sur un bouton.

- Bon écoutes, voilà ce qu'on va faire, moi je vais mettre un de ses machins, pour leur faire plaisir, et toi tu va aller là-bas pour les remercier de leur générosité en mon nom.

- Ui P'pa.

- Et tâches de faire honneur à notre belle démocratie, d'accord ?

- Ui P'pa.

- C'est bien, t'es gentil…

(à suivre)

 

La belle au bois dormant contre le système : épilogue/Manzin. - Source : http://manzin.joueb.com/news/43.shtml, 2005

Belle et Eric étaient parti de chez Merlin depuis quelques temps déjà et ils se dirigeaient vers la frontière. Merlin leur avait prêté son vélo, et Belle était assise sur le siège tandis qu'Eric pédalait comme il pouvait. Belle était pensive, elle connaissait maintenant plus ou moins le plan de Belle-mère, mais elle n'était pas sure de la marche à suivre. Elle savait qu'il y avait un genre de machin qui contrôlait l'esprit des gens et qu'elle devait absolument, d'une manière ou d'une autre, empêcher cette machination. D'après le livre de Merlin il s'agissait d'un genre d'hypnose à distance. Belle-mère devait se servir des Pin's pour contrôler les esprits, et il n'existait que deux façons de déjouer le piège. La première consistait à empêcher la cible de porter le Pin's, et la deuxième consistait à détruire la machine qui contrôlait l'ensemble. Vu que la solution numéro deux impliquait un retour au château, Belle n'eu d'autre choix que de partir chez les voisins en espérant qu'il n'était pas déjà trop tard.

Après quelques heures de souffrance pour Eric, et de patience pour Belle, ils croisèrent sur leur chemin un homme en armure blanche chevauchant fièrement un fidèle destrier, blanc lui aussi. Il brillait autant qu'une boule à facette. Lorsque Belle l'aperçu elle se raidit d'un coup.

« Oh mon dieu !! s'écria-t-elle

- Kessya vot' royauté ?

- Oh mon dieu, c'est un prince charmant ! Il faut que ça arrive maintenant alors que je suis habillée n'importe comment, au milieu de nulle part !!!

Belle devenait hystérique, elle farfouilla dans ses affaires et elle fini par en sortir un tout petit miroir de poche, un peigne et tout l'attirail de secours prévu pour se genre de situations. Tandis qu'elle se « repoudrait le nez » Belle poussait des petits cris entre excitation retenu et loutre en chaleur.

« Eric ! Eric !! Cria-t-elle en lui laminant le dos pour qu'il se retourne, comment je suis ? Hein ? Mes cheveux ? Ca va ? Je suis bien maquillée ? J'ai l'air de quoi ? Hein ? Non mais dites moi franchement ?!

Eric n'eu pas le temps de répondre car l'homme était maintenant à quelques mètres. Belle fit un signe a Eric pour qu'il pédale moins vite. Quand ils furent à son niveau Belle pris l'air le plus digne possible et dit avec plus de h que nécessaire « Bonjhour beau cavhalier , hest-ce là le chemin pour la fronthière jhe vous prie ? Mon servitheur…

- Mais chuis pas commença Eric avant de recevoir un coup de coude

- … het moi nous sommes hun peu perdu.

Paul-John enfila ses lunettes. Il regarda d'un œil attentif Belle et Eric, puis il dit :

« Oui , j'crois bien que c'est par là. Enfin si je me suis pas trompé vu que j'ai perdu ma carte la deuxième ou troisième fois que je suis tombé du cheval. Mais j'vous reconnais, vous seriez pas la Princesse Belle des fois ?

- Si, mon douh phrince, c'est bien mhoua. Jhe suis fhlatthée que vouh m'hayez reconnue. Comment vouh happelle-t-on, ô fier charmant ?

- Ben c'est moi, Paul-john ! On jouait dans le même bac à sable quand on était petits tous les deux, vous vous souv'nez pas ?

- Hein ?! Le petit Paul-John ? Celui qu'on surnommait crotte-de-nez ?

- Ben oui, c'est ça c'est bien moi ! Maintenant je suis devenu un Prince Charmant, j'ai le diplôme et tout et tout.

- Holala mais c'est pas du tout ce que j'avais prévu moi. Vous deviez venir me secourir dans la plus haute tour d'un donjon et tuer un dragon. Et moi pendant ce temps, lasse de vous attendre, j'aurais cousu une longue écharpe en fil d'araignée pour conjurer le sors qu'un mauvais mage vous aurait jeté. Enfin je sais pas, le schéma classique quoi!

- Ben les temps changent m'zelle. Et puis, entre nous, il y a plus vraiment de dragon, ni de mauvais mages et tout ça. L'appel de la ville v'voyez. Mais je peux occire une très vilaine et agressive souris si vous voulez ?

- Non…bouda Belle, c'est pas la même chose. Bon mais alors qu'est ce que vous faite ici ? On était en route pour aller chez vous.

- Mission diplomatique ! Mon père m'envoie remercier le vôtre de son présent que nous avons reçu ce matin même.

- Quoi ?! Est-ce que c'était des espèces de truc qui s'accroche aux vêtements ?

- Voui, voilà. Mon père dit que votre père a dû les envoyer car c'est un genre de cadeau de bon voisinage.

Belle n'écoutait plus. Elle réfléchissait. Elle se disait qu'il était déjà trop tard, le président devait être sous le contrôle de Belle-mère. Il ne restait qu'une seule solution pour mettre un terme à tout ça. Une solution qui ne lui plaisait pas, mais alors vraiment pas.

« Bon, on retourne au château avec vous, je vous expliquerais en route. Il faut faire vite, sinon votre royaume…

- Papa dit que nous devons dire Pays maintenant, coupa Paul-John.

- Bon, que votre pays est en danger.

Tandis qu'ils repartaient vers le château de Belle, non loin de là derrière un arbre, un tout petit dragon repris sa respiration. Il ne comprenait pas ce qu'il lui était arrivé. Un instant plus tôt il cherchait à manger et en une seconde il fut pris d'un genre de peur viscérale, comme génétique. Et sans raison, la peur avait disparu, il en profita pour s'enfuir à toutes pattes.

¤

Les gardes du palais à l'entrée du château n'avaient pas souvent l'occasion de s'amuser, ni de s'occuper d'ailleurs. Le plus souvent ils discutaient des choses de la vie, de la création du monde, du rôle de l'homme dans l'univers et ils essayaient de trouver une réponse à l'ultime question de l'humanité depuis l'aube des temps : Aouurraaaghhh ?! Bon enfin ils essayaient plus de comprendre le sens de la question, mais ils ne désespéraient pas de trouver une réponse après ça.

Le garde principal vit arriver au loin trois paysans qui semblaient être en pleine discorde. Il ne voyait pas bien de là où il était mais il aurait juré que l'un d'eux avait des chaussures à talons, et qu'un autre portait une armure.

« Halte-là paysans ! fit-il, quelle est la raison de votre venue au château ? 

Les trois paysans chuchotèrent un instant, puis l'un dit « Nous sommes trois humbles paysans, et nous aimerions avoir une entrevue avec le roi. S'il vous plaît…

- N'importe qui ne peut pas voir le roi, c'est un homme très occupé.

- Ha ! fit un autre paysan, occupé ?! Pap…aïeuh !!

- Ce que mon amie veut dire, dit rapidement le premier en se frottant le coude, c'est que nous nous doutons qu'il est occupé, mais nous voulons lui faire un présent pour le remercier… de ses…euh….bons et loyaux services ?

- Vous n'avez pas besoin de le remercier pour ça, c'est dans sa nature voyons. Trouvez mieux ou vous ne rentrerez pas.

- Euuuuh, on pourrait venir pour, hmmm disons, le remercier pour l'ensemble de sa carrière de roi ?

Le garde pris le temps de la réflexion. Quand on est de faction à une porte seize heures par jour, on n'est pas pressé de trouver la réponse à une question intéressante.

- Ca pourrait marcher, mais il faudrait qu'il soit sur le point de mourir. Et je ne pense pas que ce soit le cas, nous aurions été prévenus.

- Bon alors disons que nous venons lui souhaiter une bonne année… ?

- En plein mois d'avril ?

- Ok ! Ok ! On vient pour son anniversaire ! Voilà ! On voulait pas le dire, c'était censé être une surprise, maintenant tout le monde va être au courant ! J'espère que vous êtes fier de vous !

- Mais l'anniversaire du roi n'était-il pas le mois dernier ?

- Euuuh... si, si bien sur, évidement, c'est justement ça la surprise, on le fait avec un mois de retard, comme ça il ne s'y attends pas ! Ok ?

- Et bien…

- Pitié ?

- Vous me garderiez une part de gâteau ?

- Oui !!! Promis, voilà ! Vous avez été super, j'adore ce que vous faites, maintenant laissez nous passer !!

Le garde se poussa et les trois paysans empruntèrent le pont-levis. Une fois qu'ils furent entrés et que personne ne regardait, l'un d'eux dit « Eric, soyez gentil, rappelez moi de créer une entrée secrète quand j'aurais réglé tout ça voulez vous ? »

¤

Quelques minutes plus tard Belle et Paul-John étaient arrivés à l'angle du couloir donnant sur la chambre de Belle-mère. Deux gardes étaient en faction devant la porte.

« Bon, ça ne devrait plus tarder maintenant, fit Belle.

- Vous êtes sure que ça va marcher ?

- Certaine.

A peine eu-t-elle fini sa phrase que l'alerte sonna dans les haut-parleurs du couloir. Les deux gardes quittèrent leur poste en courant, laissant le champ libre pour Belle et Paul-John qui entrèrent dans la chambre.

- Simple curiosité, qu'est ce que vous avez demandé à Eric de faire ?

- De lâcher les crocodiles…

Dans l'obscurité de la pièce Paul-John n'était pas sur, mais il avait l'impression que Belle souriait jusqu'aux oreilles. Belle, quant à elle, fouillait l'obscurité. La chambre n'avait pas beaucoup changée depuis la dernière fois qu'elle était venue. Le système de contrôle devait se trouver quelque part.

- Bon, fit Belle, on cherche un gros machin qui pourrait servir à contrôler des gens a distance. Ça doit être assez facile à trouver non ?

- Euh, c'est pas ça la ?

- Non, ça c'est son ordinateur.

- Ah…

Ils cherchèrent en silence pendant quelques instant puis Paul-John dit : « Et ça là peut être ?

- Non, ça c'est sa machine à U.V. pour sa chambre.

- Oh… je vois…

- Et ça alors ?

Belle soupira, elle demanda sans se retourner « A quoi ça ressemble ? »

- Ben, c'est gros, en métal, des boutons, des leviers, un micro…

- Ah bien ! Ca doit être ça, fit Belle en se rapprochant.

- … des écrans de contrôles, des manettes bizarres, encore des boutons…

- Oui, je vois, c'est ça.

- … des post-it un peu partout, d'autres leviers, des dizaines de tasses à café sales…

- Merci Paul-John, c'est bon j'ai vu  !

- … Et des photos de chatons dans panier, conclut il.

Belle le regarda avec un air interdit. Paul-John senti qu'on attendait de lui une justification. « Euh….j'aime bien finir mes phrases, avoua t il en raclant le sol de son pied. »

- Bon, repris Belle en se tournant vers la machine, nous y voilà. Il doit y avoir un genre de bouton stop, ou quelque chose comme ça.

- Ne pourrait-on pas tout simplement taper dessus jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poussière ?

- Euh, non ça prendrait trop de temps et n'importe comment je suis pas sure qu'en tapant dessus on la désactive. C'est bon pour les films ça. Cherchez donc un bouton stop voulez-vous ?

Tandis que Belle s'énervait à essayer tous les boutons, Paul-John faisait le tour de la bête. Régulièrement Belle marmonnait toute seule.

Pendant ce temps là, à plusieurs dizaines de kilomètres de là, dans son palais, le président ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il avait envie de se lever puis de s'asseoir et de courir en même temps. Il saisissait un objet qu'il avait furieusement envie de manger et l'instant d'après il était en larme en sautant sur place. Puis il se mit à marcher comme un robot à travers la pièce en chantant. Et soudainement, il s'arrêtât. Il leva prudemment un bras, puis l'autre. Il lâcha un rire nerveux puis s'évanouit.

Dans la chambre de Belle-mère la machine venait de faire piouuuuuuu.

« Paul-John, c'est vous ? Moi je n'ai rien fait !

- Je lui ai ôté la vie en la privant de son essence vitale.

- Hein ?!

- J'l'ai débranchée, fit Paul-John en faisant sauter joyeusement la prise électrique dans sa main.

¤

Dans la salle du trône Belle-mère passait un mauvais moment. D'abord on lui avait annoncé qu'on n'avait pas réussi à retrouver Belle, puis on lui dit que les crocodiles s'étaient échappés des douves, et pour finir les serviteurs qui se mettent à agir n'importe comment. Pourtant d'après la notice ils n'étaient pas censé faire ce genre de cabrioles. Elle prit note mentalement de penser à téléphoner au service après-vente. En attendant, elle tapait nerveusement des doigts sur le bord du trône.

Belle et Paul-John débarquèrent en trombe dans la salle « Belle-mère !! cria Belle

- Quoi, encore  ?! Ah !! C'est toi  ! Gardes emparez vous d'eux !

- C'est la fin Belle-maman, vos petits machins ne marcherons plus à présent ! Nous combattons à armes égales ! Gardes saisissez là !

- Gardes, saisissez ses gardes !

- Ah non, c'est pas du jeu ! Ok Gardes, je vous ordonne de m'obéir je suis la fille du roi, vous me devez respect et allégeance !

- Ah ! Et moi je suis la reine que ça te plaise ou non ! Je suis au dessus de toi dans la hiérarchie !

- J'offre à tous les gardes qui se rebellent contre l'autorité de cette reine de pacotille deux semaines de congés payés !

- Et moi je garde mes pires tortures pour ceux qui oseraient se mutiner…

Avec tout ça les gardes étaient un peu perplexes. Ils n'étaient déjà pas tellement habitués à des situations d'alertes alors ce genre de cas relevait de l'énigme. Ils avaient renoncé à bouger et attendaient que Belle et Belle-mère en finissent avec leurs arguments et qu'elles leur donne une réponse claire et précise..

C'est à ce moment que le roi arriva. Il vit d'un coté sa fille et sa femme en train de se crier dessus, le fils du pays voisin qui essayait de compter les points, les gardes qui s'allumaient des clopes en s'appuyant sur leur lances et en prenant des paris, et des crocodiles qui se baladaient dans les couloirs.

« SILENCE fit-il et le silence fut. Progressivement, mais il fut. Lorsque toutes les conversation moururent et que tous les regards furent tournés vers lui il repris la parole. Que signifie tout ceci ?

Belle et Belle-mère se mirent à parler en même temps. Le roi leva la main, elles se turent. « Belle, fit il, peux tu m'expliquer tout ceci ? 

- Et bien papa, voilà, pour tout vous dire, Belle-maman a mis au point un système machiavélique pour envahir le pays voisin !

- Est-ce vrai Gertrude ?

- Et bieeeeeen, fit Belle-mère, c'est plus compliqué que ça…

- Est-ce vrai ou non ?

- Mais… mais c'était pour te faire plaisir !!

- Gardes, arrêtez la.

- Mais enfin, tu ne peux pas faire ça, je suis ta femme, je suis la reine !!!

Pendant les minutes qui suivirent le roi et Belle-mère discutèrent. Ils en arrivèrent à la conclusion que, vu qu'il n'y avait pas eu trop de dégâts, Belle-mère n'irait pas en prison. Par contre elle serait obligée de présenter publiquement ses excuses. Elle devrait aussi abandonner toutes ses expériences chimiques, et elle du promettre qu'elle n'achèterait plus de miroir magique. Enfin, elle du jurer qu'elle deviendrait une personne gentille et aimable. En y réfléchissant, c'était certainement pire que la prison.

¤

« Bon, alors c'est décidé vous rentrez chez vous ? demanda Belle à Paul-John tandis qu'ils se trouvaient sur le pas de la porte du palais.

- Oui, j'ai beaucoup à faire chez moi.

- Dites… vous…enfin euh… Pour la première fois de sa vie, Belle était gênée.

- Oui ? demanda patiemment Paul-John.

- Si jamais, vous entendez dire qu'un dragon, même un petit hein, serait de retour dans la région tout ça, ben n'hésitez pas à venir me sauver même si tout à l'air calme quoi… Des fois, les apparences sont trompeuses…

- Ça sera avec plaisir votre altesse, fit Paul-John en enfourchant son cheval.

- Dites, encore une chose ! Est-ce que vous avez vu se reportage sur les chiens à deux têtes ?

La tradition veut qu'ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Mais cette histoire n'a certainement rien de traditionnelle.

FIN

 

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